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Bahar Kimyongur sulla guerra in la Siria



 Calendario incontri in Toscana con Bahar Kimyongur sulla guerra in Siria 
 
 http://www.areaglobale.org/index.php/it/m-eventi/132-incontri-bahar

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http://www.michelcollon.info/Le-QG-terroriste-d-Erdogan.html?lang=fr

Le QG terroriste d´Erdogan

Bahar Kimyongur

5 septembre 2012

Ces dernières semaines, les autorités turques ont multiplié les
provocations à l'encontre de la Syrie. Des actes terroristes visant
des personnes et des biens en territoire syrien ont été préparés au vu
et au su de l'armée turque. Manifestement, comme la France et l´Arabie
saoudite, la Turquie aussi aime ses djihadistes lorsqu´ils s´en vont
combattre en Syrie...


Des années durant, les autorités turques ont exercé des pressions
diplomatiques sur les pays qui accueillaient les bureaux d'information
de mouvements turcs ou kurdes d'opposition. Ces pressions ont conduit
à la fermeture de nombreux bureaux et à l'emprisonnement de leurs
administrateurs. Les sympathisants du mouvement de la gauche
anti-impérialiste turque DHKP-C de Londres, Bruxelles, Paris ou Berlin
en savent quelque chose. Aujourd'hui, une organisation militaire
syrienne, nommément l'Armée syrienne libre (ASL) qui utilise
ouvertement le terrorisme pour parvenir à ses fins est accueillie à
bras ouverts par le régime d'Ankara. Elle y dispose d´un bureau
d´information en bonne et due forme. Son site officiel est :
www.free-syrian-army.com

On y découvre que sa base principale (main base) est le Hatay, une
province frontalière majoritairement arabophone qui accueille les
réfugiés syriens. Cette province dont la population s´inquiète de la
militarisation en cours dans la région est devenue la plaque tournante
de l´internationale djihadiste sous le regard bienveillant du régime
d´Ankara. L´ASL dispose par ailleurs d´une ligne téléphonique turque,
le 00905369631274 Pour entrer en contact avec l'ASL, les nouvelles
recrues peuvent également écrire à l'adresse suivante :
1freesyriaarmy at googlemail.com

Mais l´ASL en Turquie n'a pas que pignon sur rue. Elle a même le
pouvoir de faire interdire des manifestations pacifiques en Turquie.
Dans les colonnes du quotidien Libération (5 août 2012), un militant
des droits de l´homme connu et actif à Antioche dénommé Ilyas Oruç a
déclaré, médusé : « Nous n´avons pas pu organiser un meeting contre la
guerre en Syrie à cause de l´Armée syrienne libre [ASL, ndlr]. Le
directeur de la sûreté m´a dit qu´il ne pouvait pas assurer notre
sécurité du fait des militants de cette armée qui vivent dans les
camps de réfugiés tout au long de la frontière turco-syrienne ». Par
ailleurs, de nombreuses familles alaouites de cette même province
soupçonnées de sympathies envers le gouvernement syrien disent avoir
été menacées d´extermination par des miliciens de l´ASL.


Ankara avec Al Qaïda contre Assad
Ces dernières semaines, les autorités turques ont multiplié les
provocations à l'encontre de la Syrie. Des actes terroristes visant
des personnes et des biens en territoire syrien ont été préparés au vu
et au su de l'armée turque. Comme le révèle le journal turc Yurt, des
véhicules immatriculés en Turquie ont été utilisés dans un récent
attentat commis par l´ASL dans le village syrien de Sabanli où huit
soldats syriens ont perdu la vie. Sur des images vidéo envoyés au
quotidien turc (http://www.yurtgazetesi.com.tr/gund...), on constate
que l'un de ces véhicules utilisé dans cet attentat, un camion,
portait l'inscription en turc Allah Korusun (« Que Dieu protège »).
Autre détail saisissant, les auteurs de l´attentat parlent tous un
turc sans accent.

Début août, l'avocat des militants turcs d'Al Qaïda en Turquie Me
Osman Karahan est mort armes à la main à Alep. D'autres militants de
la branche turque d'Al Qaïda, responsables de la mort de dizaines de
citoyens turcs dans les attentats d´Istanbul de 2003 combattent
actuellement dans les rangs de l'Armée syrienne libre (ASL). Deux
d'entre eux au moins (Metin Ekinci et Baki Yigit) ont été tués dans
des affrontements avec l'armée gouvernementale syrienne à Alep.
Officiellement, Ekinci était recherché par la police turque. Mais
comment comprendre que Baki Yigit n´ait fait que six ans de prison
pour avoir participé à un massacre alors que des centaines d´étudiants
de gauche sont condamnés à plusieurs dizaines d´années de prison et
torturés sauvagement pour avoir déployé un simple calicot demandant la
gratuité de l´enseignement ?

On peut difficilement croire que les autorités turques ignorent la
mobilisation des terroristes de la branche turque d'Al Qaïda en Syrie
d´autant plus que les habitants de la province du Hatay témoignent de
la présence anormalement élevée de ressortissants tunisiens, libyens
ou tchétchènes à la frontière turco-syrienne. Manifestement, comme la
France et l´Arabie saoudite, la Turquie aussi aime ses djihadistes
lorsqu´ils s´en vont combattre en Syrie.


Source : michelcollon.info

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http://www.michelcollon.info/Agitprop-occidentale-sur-la-Syrie.html?la
ng=fr

Agitprop occidentale sur la Syrie, un art où rien n´est laissé au
hasard

Bahar Kimyongur

13 août 2012

Il faut le reconnaître : en affaires intérieures comme en
géopolitique, nos médias, nos intellectuels et nos stratèges
mainstream manient à merveille l´art pour ne pas dire l´arme de la
rhétorique inversée. A vouloir en découdre à tous prix avec le
gouvernement de Damas d´une part et purger l´espace public des voix
critiques et dissidentes sur le conflit syrien d´autre part, ils n´ont
pas peur de verser dans l´idéologie, la propagande et le militantisme
dignes des troupes de théâtre soviétiques d´agitprop. On trouvera bien
sous leur plume une touche autocritique de ci de là pour se donner des
airs pluralistes et libertaires. Mais consciemment ou pas, ils nous
resservent la vieille soupe habituelle dans leur gamelle de soldats du
système. Coup de projo sur la guerre des mots menée par nos « experts
» embedded en Syrie. Sans blindé et sans camouflage.


C´était déjà le cas lors du conflit libyen de l´an dernier. Un
banlieusard de Benghazi recruté dans une mosquée salafiste mimant une
décapitation avec son pouce sur son cou aux cris d´Allah ou Akbar,
devenait miraculeusement un mignon combattant de la liberté.

En revanche, ses compagnons français du « gang de Roubaix » ou de «
Forsane Al Izza » n´ont pas eu droit aux mêmes éloges. On se
souviendra que les unités du RAID n´avaient pas fait dans la dentelle
pour « neutraliser » le frère toulousain du barbu de Benghazi.

Alors, imaginez la tête et le discours des présentateurs du JT de TF1,
imaginez l´attitude de l´armée française si 6.000 à 8.000 Mohamed
Merah se déployaient dans Paris, Marseille ou Lyon comme à Homs, Damas
ou Alep. Oserait-t-on parler de « soutien populaire » à propos de ces
djihadistes s´ils trouvaient des appuis dans certaines cités HLM ?

Idem pour les commandos qataris, saoudiens ou égyptiens partis mener
le djihad contre la Libye verte de Mouammar Kadhafi. Tous ces
légionnaires ont été dépeints comme des humanistes passionnés de
démocratie. Par contre, un militant panafricain d´origine nigériane,
malienne ou sahraoui qui combat aux côtés de Mouammar Kadhafi se
transformait en vulgaire mercenaire, « violeur » de préférence pour
bien entretenir le fantasme du Nègre libidineux. Avec des cargaisons
de viagra livrées par le colonel s'il vous plaît !

Concernant la Libye, il y a eu autant de désinformation qu´il n´y a de
sable dans le désert de Syrte...

Même topo en Syrie.

Le djihadiste syrien adoubé par Riyad et Doha qui achève sa victime
selon des pratiques satanistes est travesti en guérillero romantique
sous le clavier magique de nos « spin doctors ». Mais un soldat syrien
qui résiste à une invasion étrangère est sèchement présenté comme une
sorte de SS à la solde de la « secte alaouite ». Un civil armé
progouvernemental qui défend son quartier contre les incursions
terroristes, contre les preneurs d´otages et les cambrioleurs, c´est
d´office un chabbiha (partisan armé du régime) « briseur d´os et de
crânes ». Même le milicien discipliné et patriote du Hezbollah
libanais qui se trouve chez lui devient un odieux terroriste «
auxiliaire de la dictature alaouite ».

Autre comparaison : quand nos soldats tuent des innocents, cela
s´appelle une bavure. Les miliciens de l´Armée syrienne libre (ASL)
étant (à l´instar des soudards de Tsahal) nos protégés, les massacres
qu´ils commettent sont eux aussi maquillés en bavures même quand leurs
salves visent des quartiers résidentiels, des hôpitaux, des écoles et
tuent le journaliste Gilles Jaquier ainsi que neuf manifestants
pro-Assad à Homs.

A l´inverse, quand c´est l´armée syrienne qui tue des innocents, ce
qui arrive hélas très souvent, cela s´appelle un massacre prémédité.

Un chasseur-bombardier de l´OTAN, ça mène des frappes, ciblées voire
chirurgicales dira-t-on au risque de faire un pléonasme.

Mais quand l´armée syrienne envoie ses MIG ou actionne son artillerie
contre des terroristes et des mercenaires après avoir évacué les
populations civiles (si les preneurs d´otages le permettent) pour
éviter les victimes collatérales, cela s´appelle un « pilonnage
intensif », un « massacre » ou une « boucherie ».

Autre découverte lumineuse de nos fabricants du prêt-à-penser, le
terrorisme existerait partout dans le monde sauf en Syrie où ce label
serait une exclusivité du régime de Damas.

Mieux, le terrorisme qui sévit en Syrie depuis bien avant le début du
printemps arabe serait une « prophétie auto-réalisatrice » ou comment
la presse occidentale s´invente des légendes urbaines.[1]

On peut aisément comprendre le manque de zèle de la part de l´Occident
à reconnaître ce terrorisme-là : il impliquerait une reconnaissance du
droit du régime syrien à la légitime défense.

Pour faire connaître la réalité du terrorisme anti-syrien en dépit du
catéchisme manichéen dans lequel certains « experts » de la Syrie
cherchent à nous enfermer, en avril dernier, j´ai publié un texte
intitulé « Le terrorisme anti-syrien et ses connexions internationales
», par lequel je décrivais la consanguinité entre trois mouvements
djihadistes antisyriens de naguère, d´hier et d´aujourd´hui,
c´est-à-dire entre les Frères musulmans syriens qui ont dévasté le
pays dans les années 70 et 80 avant d´être anéantis à Hama par l´armée
syrienne en 1982, les mouvements anti-chiites comme Ousbat al Ansar,
Fatah Al Islam ou Jound Al Cham qui ont contaminé les camps
palestiniens du Liban au début des années 2000, puis qui ont vu leur
force s'accroître après le départ des troupes syriennes du pays du
Cèdre (avril 2005) surtout du côté de Tripoli au point de harceler
l´armée syrienne sur son propre territoire et de frapper Damas et
enfin, les filiales actuelles d'Al Qaïda en Syrie comme le Front al
Nosrah, Ahrar Al Cham, la Brigade Tawhid etc. qui ont le vent en poupe
à la faveur du prétendu « printemps syrien ».

Hormis certains médias alternatifs, personne de la grande presse ne
s´est intéressé à la genèse du terrorisme anti-syrien. Il y a comme un
tabou à ce sujet.

Tant et si bien que dès le début du printemps syrien, certains «
experts » ont voulu nous faire croire qu´en Syrie, il n´existait pas
de tradition d´Islam takfiriste et conquérant.

Vous aviez beau leur rappeler que les plus farouches Inquisiteurs de
l´Orient médiéval étaient syriens notamment Ibn Taymiyya ainsi que ses
disciples Ibn Kathir et Ibn Qayyim, que certaines régions du pays
s´abreuvent quotidiennement de prêches retransmis par des chaînes
satellitaires saoudiennes comme Iqraa, Wessal ou Safa TV qui
dépeignent les alaouites comme plus vils que les Juifs et les
Chrétiens et qui appellent à « purifier » le pays des « impies », que
pour cette raison, dans certains coins reculés de Syrie notamment en
périphérie des zones de peuplement alaouites, les non sunnites et même
les sunnites laïcs ne sont pas les bienvenus et ce, depuis des
lustres, d´après notre presse officielle, ce serait malgré tout le
gouvernement laïc et multiconfessionnel de Damas qui serait
responsable de la « communautarisation » du conflit syrien.

On se demande bien quel intérêt pourrait avoir Damas à nourrir une
hostilité envers la population sunnite alors que le gros des effectifs
militaires et l´essentiel de l´élite politique et économique du pays
est sunnite.

Pourquoi donc un gouvernement bénéficiant de l´appui de la majorité
sunnite du pays s´aliénerait-il cette majorité ?

Ceux qui connaissent le pays savent pertinemment bien que l´idéologie
officielle ne tolère nullement le discours sectaire. Toute propagande
à caractère « ta´ifiyyé » (sectaire) est pénalement punissable en
Syrie.

Or, seule l´opposition utilise la rhétorique sectaire, désigne les
alaouites comme les « ennemis » ou les responsables de la répression
et des injustices réelles ou supposées, accuse les druzes et les
chrétiens de collusions avec le « régime alaouite » et menace les
sunnites qui siègent au gouvernement de représailles pour leur
prétendue trahison envers leurs coreligionnaires.

Portée à bout de bras par les puissances sunnites (Turquie, Jordanie,
Etats membres du Conseil de coopération du Golfe), l´opposition
syrienne est l´unique camp qui peut réellement profiter de la
confessionnalisation du conflit.

En réalité, le ferment qui unit toutes ses forces contre le régime
syrien n´a rien à voir avec la démocratie. C´est essentiellement la
guerre contre l´Iran et ses soutiens politiques (la Syrie) et
religieux (le Hezbollah) qui intéressent les bailleurs de fonds de la
« révolution syrienne ».[2]

Il convient de rappeler ici que la haine anti-chiite distillée par les
régimes réactionnaires arabes d´inspiration sunnite s´est
particulièrement exacerbée après les deux victoires du Hezbollah face
à Israël, celle du 25 mai 2000 qui permit de libérer le Sud du Liban
de l´occupation sioniste et celle qui couronna la « Guerre des 33
jours » durant l´été 2006.

Ces deux victoires ont été conquises grâce au soutien sans faille de
Damas. Depuis lors, les photos de Hassan Nasrallah, secrétaire-général
du Hezbollah aux côtés de Bachar El-Assad ont fleuri dans tout le
pays, ce qui n´a pas plu à tout le monde.

En effet, le renforcement de la fraternité stratégique et idéologique
entre la Syrie résistante et le Liban résistant a été brandi par les
fondamentalistes sunnites férus de théories du « complot chiite »
comme une menace pour « Ahl Al Sunna », la communauté des sunnites.

Grâce à notre presse, l´opinion publique occidentale ignore dans sa
majorité que les roitelets du Golfe ont à ce point paniqué de voir un
mouvement chiite mettre Israël à genoux et générer une sympathie
supra-confessionnelle dans la rue arabe qu´ils ont accusé celui-ci d´
« aventuriste », de « provocateur » et d´ « irresponsable ».

Après cette mise au point nécessaire, revenons à d´autres cas d´abus
de langage de notre presse engagée sur le front syrien.

Quand un pays allié est attaqué par des groupes armés, ces derniers
sont d´office des terroristes.

Ainsi, le 5 août dernier, seize militaires égyptiens ont été tués dans
le Sinaï non par des rebelles mais par des « terroristes ». [3]

En revanche, les milliers de soldats syriens tués dans le même type de
guet-apens sont les cibles légitimes des « révolutionnaires » et des «
rebelles ».

Un journaliste du camp ennemi tué par des terroristes est lui aussi
une cible légitime puisqu´il n´est qu´un vulgaire « outil de
propagande ». [4]

Réduits à l´état de simples objets, de rouages inertes, les
journalistes travaillant pour les chaînes publiques syriennes ne
peuvent donc attendre la moindre compassion de la part de leurs
confrères occidentaux.

Le silence observé par les organisations internationales de défense de
la presse à l´égard de la censure imposée par la Ligue arabe aux
chaînes publiques syriennes n´a dès lors rien d´étonnant.

Pour définitivement disqualifier un ennemi, rien de tel qu´une bonne
dose de reductio ad hitlerum stalinumque.

L´anti-hitlérisme et l´anti-stalinisme sont deux produits
indétrônables de ce que Noam Chomsky appelle « l´industrie du
consentement ».

Les exactions commises par la police politique du régime de Damas sont
ainsi assimilées aux pratiques « gestapistes » ou « staliniennes »[5]
mais jamais à la répression survenue durant la guerre de Vendée ni aux
horreurs perpétrées par la France lors de l´insurrection malgache de
1947 ni à l´usage massif de la gégène contre le peuple algérien ou en
Indochine, ni aux tortures et exécutions perpétrées par l´armée US au
Vietnam, à Bagram en Afghanistan, à Abou Ghraib en Irak ou en Amérique
latine.

Notre presse n´oserait jamais traiter nos alliés régionaux de Nazis,
ni l´Arabie wahhabite de la dynastie Séoud peuplée de princes sadiques
et de prêcheurs de la haine, ni l´émir putschiste et esclavagiste du
Qatar ni le régime militaro-islamiste d´Ankara. Pourtant, ces trois
régimes répriment, torturent, et emprisonnent. Cela dit, il est vrai
que le premier nous approvisionne en pétrole, le deuxième nous fournit
du gaz et rachète nos clubs de football et nos jolis quartiers et le
troisième a un taux de croissance économique à deux chiffres. Et en
plus, tous les trois sont Israel friendly.

Dans les milieux atlantistes de gauche comme de droite, il est de bon
ton de se référer à l´antifascisme pour « aider » le lecteur profane à
décoder le conflit syrien.

Pour Thomas Pierret, maître (incontesté) de conférences en islam
contemporain à l'université d'Edimbourg, les djihadistes qui
convergent en Syrie pour combattre le régime « impie » en Syrie font
penser aux « Brigades internationales » mobilisées aux côtés de la
République durant la guerre civile espagnole de 1936-39.[6]

Mais il ne lui viendrait pas à l´esprit de comparer ces combattants
aux recrues de la Division des grenadiers SS Charlemagne partis en
découdre avec le bolchevisme sur le Front de l´Est durant la seconde
guerre mondiale ou aux Contras qui ont combattu le gouvernement
sandiniste du Nicaragua avec l´appui financier... de l´Arabie saoudite !

L´utilisation abusive de la guerre antifasciste espagnole est devenue
un classique parmi les marqueurs idéologiques permettant de distinguer
les gentils des méchants.

On se souviendra que l´an dernier, le philosophe mercenaire
franco-israélien Bernard-Henri Levy s´était pris pour la réincarnation
d´André Malraux affrontant les balles franquistes dans les tranchées
de la République espagnole. Notre Don Quichotte milliardaire avait
même confondu les Brigades internationales d´inspiration communiste
avec les armées coloniales de l´OTAN et leurs supplétifs al-qaïdistes.

Ces dernières semaines, les rebelles syriens et leurs alliés
djihadistes venus « mourir à Alep » ont eu droit à de véritables
chansons de geste dans notre presse où ils sont régulièrement comparés
aux antifascistes du monde entier partis « mourir à Madrid » face aux
troupes de Franco.[7]

Je doute que BHL ne daigne offrir une image aussi épique de
l´Internationale djihadiste qui se bat et meurt tout aussi «
héroïquement » au Yémen ou au Pakistan à l´ombre des drones
américains.

Et puis, il y a ces mots aussi dévastateurs que des bombes...

Suite à l´attentat du 18 juillet qui a visé les bureaux de la sécurité
de Damas, le journaliste Pierre Prier du Figaro a interrogé le
bloggeur associé du quotidien Le Monde, Ignace Leverrier, de son vrai
nom Wladimir Glassman, le fameux borgne sioniste qui porte « un oeil
(un seul) sur la Syrie ».[8]

Les deux comparses s´accordent à dire que le général Daoud Rajha
victime de l´attentat était une « caution chrétienne » et un « idiot
utile » du régime. Pour le sieur Leverrier/Glassman et pour bien
d´autres observateurs, le régime syrien procède à des calculs
ethniques pour « corrompre » les minorités et les rendre responsables
de sa « politique de terreur ».

En revanche, on ne les entendra pas utiliser les mêmes termes
insultants à l´égard du Kurde Abdel Basset Sayda qui n´a été élu à la
tête du Conseil national syrien (CNS) que pour draguer les Kurdes
syriens et pour donner ainsi un cachet pluraliste à une opposition
dominée par les Frères musulmans.

Pourtant, Sayda, désormais grand ami de Sarkozy, est l´idiot utile par
excellence, un parfait inconnu qu´une majorité de Kurdes syriens
rejettent à la fois parce qu´il n´a aucun pedigree militant et parce
qu´il siège dans une structure proche des services secrets turcs.

Revenons sur le champ de bataille de la guerre des mots. Un imam
sunnite soutenant le gouvernement de Bachar El-Assad est un « agent »
du régime. Mais on n´utilisera jamais ce mot infamant à propos d´un
imam de l´opposition inspiré par les prêches anti-chiites et inféodé
au wahhabisme.

Un gouvernement ennemi est toujours qualifié de « régime ». Il ne nous
viendrait jamais à l´idée de parler de « régime » de Londres, de
Paris, de Berlin ou de Washington.

Un gouvernement ennemi doit continuellement inspirer haine et dégoût.
C´est pourquoi, il doit être montré sous son jour le plus hideux.

Par conséquent, la Syrie qui est à la fois un Etat-providence inspiré
du modèle soviétique où le politique régule en grande partie
l´économie, où le fonctionnariat est pléthorique, où l´enseignement
est gratuit et de qualité de même que le système de santé, un Etat non
endetté auprès de nos instances économiques et donc affranchi de la
dictature financière occidentale, un Etat autosuffisant promoteur de
la souveraineté alimentaire, un Etat tiers-mondiste et
pro-palestinien, un Etat laïc et multiconfessionnel mais aussi un Etat
policier où la torture et les exécutions sommaires sont monnaie
courante, cette Syrie aux multiples facettes est dans notre presse
réduite à son seul profil répressif. Les attributs de l´Etat syrien
qui le rendent moins repoussant, seraient selon nos idéologues, tout
bonnement fabriquées, bidonnés, manipulés et falsifiés.

Un gouvernement ennemi est foncièrement machiavélique. Il est
l´incarnation du Mal. Il tue ses ennemis mais aussi ses propres amis
pour accuser ses ennemis. L´assassinat du fils du moufti pro-Bachar,
c´est Bachar ! L´attentat contre les généraux de Bachar, c´est Bachar
! Les djihadistes anti-Bachar, une oeuvre de Bachar ! Les étudiants
pro-Bachar tués à l´université par des anti-Bachar, un coup de Bachar
! Les massacres de villageois, d´ouvriers, de fonctionnaires, de
journalistes, de profs, de cinéastes, de sportifs pro-Bachar, un crime
de Bachar ! Nos médias ne reculent devant aucune théorie du complot à
propos de l´ennemi.

Dans les rédactions occidentales comme dans la rue, celui qui
n´associe pas l´Etat syrien aux termes « cynique », « brutal », «
totalitaire », « féroce », « maffieux », « sanguinaire », « odieux »,
« barbare », « sectaire », « corrompu », « assassin » etc. est
suspecté de sympathie envers l´ennemi.

A moins de s´appeler Kofi Annan, défendre la paix, la modération, la
réconciliation en Syrie comme le fit le défunt (premier) président
algérien Ben Bella pour mettre un terme à la guerre civile qui déchira
son pays devient suspect. Maccarthysme, le retour.

Un gouvernement ennemi est « isolé » même s´il jouit du soutien des
BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), c´est-à-dire de
nations qui totalisent plus de 40% de la population mondiale. Ajoutez
à cette dynamique les Etats-membres de l´ALBA, l´Algérie, l´Iran ou
encore la Biélorussie et vous arrivez à près de la moitié de
l´humanité. Cela fait tout de même beaucoup d´amis pour un Etat mis en
quarantaine.

Un gouvernement ennemi comme celui de Damas a pour seul soutien
populaire une bande de « profiteurs », de « clients » et d´ «
apparatchiks »[9] mais les opposants achetés à prix d´or sur le marché
de Riyad et Doha sont bien entendu des démocrates sincères et
désintéressés.

Quant au peuple, toujours d´après nos médias, c´est l´opposition qui
en aurait l´exclusivité. En revanche, l´autre peuple, celui qui refuse
de prendre part à l´anarchie, qui affiche un soutien total ou
conditionnel au gouvernement, qui incarne la majorité silencieuse, ce
peuple-là, n´existe pas. Au mieux, il est vaguement évoqué dans de
rares articles d´analyse.

La liste des mots détournés par le courant de pensée dominant dans le
cas de la guerre civile syrienne est longue et le sujet mériterait que
l´on y consacre un dictionnaire.

Les quelques exemples cités dans ce billet montrent que dans une
guerre, les mots ne sont pas neutres. Leur choix est déterminé par nos
convictions. Ils sont le prolongement, le miroir de nos idées, de
notre sensibilité. Les journalistes de guerre ne dérogent pas à la
règle. Ils ne choisissent pas leurs mots, leurs sources ou leurs
interlocuteurs au hasard. Avoir une idéologie et faire de la
propagande n´a rien de surprenant en soi lorsque l´on a pour mission
d´intéresser un public sur des événements politiques contenant une
lourde charge émotive. Ce sont les intérêts sous-jacents qui doivent
poser question et nous inciter à rester vigilants surtout lorsque
ledit journaliste dissimule sa propagande sous les oripeaux d´une
morale supérieure prétendument universelle.


Source : michelcollon.info


Notes :

[1] Alain Jaulmes, Le Figaro, 31 juillet 2012
[2] Il n´est pas toujours aisé de séparer le politique du religieux.
Les courants orthodoxes comme les hétérodoxies cumulent souvent une
dimension à la fois politique et religieuse. [3] France 24, 11 août
2011 [4] AFP, 6 août 2012 [5] Koen Vidal, De Morgen, 3 juillet 2012
[6] Le Vif, 6 août 2012, Gokan Gunes, Syrie : qui sont ces djihadistes
dont se sert Damas ? [7] Mourir à Madrid est un célèbre film
documentaire de Frédéric Rossif consacré à la guerre civile espagnole
[8] Le Figaro, 19 juillet 2012 [9] Le Soir, 30 janvier 2012



============== FIN